Le Canada et la Première Guerre mondiale

Finances et production de guerre

Comme la plupart des autres combattants en 1914, les Canadiens s'attendaient à ce que la guerre soit brève, victorieuse et relativement peu coûteuse. Ils avaient tort.

Finances traditionnelles, guerre non traditionnelle

Loin de mettre fin à la récession économique d'avant-guerre, la guerre l'empira d'abord, provoquant des congédiements, des annulations de contrat et des réductions importantes dans l'industrie ferroviaire déjà mal en point.

Ottawa chercha à obtenir de l'argent pour payer les modestes premières dépenses de la guerre en empruntant sur les marchés financiers traditionnels - d'abord en Grande-Bretagne, puis, quand les prêts britanniques se tarirent à cause de besoins dans ce pays, aux États-Unis. Peu d'observateurs croyaient qu'on aurait à faire appel aux sources financières canadiennes avant la fin de la guerre; ceux qui préconisaient d'utiliser les impôts pour obtenir l'argent nécessaire pour financer les dépenses de guerre, au lieu de l'emprunter en augmentant les emprunts de guerre, étaient encore moins nombreux.

Mais la guerre ne prit pas fin si rapidement. L'effort nécessaire pour soutenir des armées énormes fit sortir l'économie canadienne de la récession. Il exigea également des capitaux énormes. Le budget fédéral d'avant-guerre de 185 millions de dollars avait quadruplé quand il atteignit son sommet de temps de guerre de plus de 740 millions. La dette quadrupla aussi, pour atteindre 1,2 milliard de dollars. Avant la guerre, les droits de douane, les tarifs postaux et les tarifs douaniers pour les biens importés représentaient plus de 85 pour cent des recettes gouvernementales. Les droits plus élevés et les nouveaux tarifs ne pouvaient à eux seuls couvrir les dépenses de guerre, qui étaient beaucoup plus élevées. Ottawa emprunta pour financer le manque à gagner à une source imprévue : les Canadiens ordinaires.

Emprunter aux Canadiens

L'empressement des Canadiens à prêter de l'argent à leur propre gouvernement en achetant des obligations de guerre dépassa toutes les attentes. Aucune émission d'obligations de l'histoire du Canada n'avait permis d'obtenir plus de 5 millions de dollars, mais la première campagne des « obligations de la victoire » d'Ottawa permit d'obtenir 100 millions, le double des prévisions initiales. Les campagnes subséquentes s'avérèrent tout aussi fructueuses. Des campagnes publicitaires, dont des dizaines de milliers d'affiches, liaient directement les obligations au soutien des soldats outre-mer, et à leur bien-être, et avaient recours à divers messages pour encourager les contributions, de poèmes bien connus à des images empreintes d'émotion. Des taux d'intérêt à long terme allant jusqu'à 5,5 pour cent pour des périodes allant jusqu'à 20 ans constituaient aussi un puissant incitatif.

Le total des achats d'obligations au pays pendant la guerre dépassa 2 milliards de dollars, dix fois la somme recueillie à l'étranger. Le Canada avait financé la guerre en contractant des dettes de plus de 2 milliards de dollars, transmettant ainsi le coût de la guerre aux générations futures, mais il devait la majeure partie de cet argent aux citoyens canadiens, et non à des prêteurs étrangers. Le succès de la campagne des « obligations de la victoire » se reproduirait lors de la Seconde Guerre mondiale. Les obligations d'épargne du Canada d'aujourd'hui sont les descendants directs de ces efforts du temps de guerre.

Imposition du revenu et des profits

Les coûts de la guerre ne furent pas les seuls facteurs influençant les politiques financières du gouvernement. La guerre se poursuivant, les pressions politiques augmentèrent sur ce dernier pour qu'il fasse en sorte que les entreprises et les riches paient leur juste part du fardeau financier. Des syndicats, des agriculteurs, des Églises et d'autres groupes exigèrent la « conscription de la richesse ». Des accusations périodiques de réalisation de bénéfices excessifs par des fonctionnaires corrompus ou des entrepreneurs sans scrupule firent les gros titres et sapèrent les efforts de propagande gouvernementale affirmant que tous les Canadiens devaient « faire leur part ».

Les nouveaux impôts fédéraux sur les profits des sociétés en 1916 et les revenus personnels en 1917 - ce dernier une mesure « temporaire » du temps de guerre - créèrent d'importants précédents, mais la guerre prit fin avant que l'un ou l'autre ait produit des résultats substantiels. En 1919, les impôts personnels et de société réunis ne représentaient que 3,4 pour cent des recettes totales de l'État fédéral. La plupart des Canadiens ne payaient aucun impôt, et ceux qui le faisaient, n'en payaient que très peu.

Évolution d'une économie de guerre

Le déclenchement de la guerre menaça le Canada d'une crise économique. Les commandes manufacturières existantes furent annulées, certaines usines fermèrent leurs portes et la construction s'arrêta sur bien des chantiers civils d'avant-guerre. Certains craignaient que la guerre entraîne l'effondrement de l'économie déjà fragile du Canada. Mais la demande d'approvisionnements de guerre, d'équipement et d'obus ne tarda pas à stimuler l'économie et l'emploi. La production augmenta et les craintes d'effondrement furent remplacées par les défis posés par une expansion rapide. En raison des demandes conjuguées du service militaire, de l'industrie et de l'agriculture, le chômage avait pratiquement disparu au Canada en 1916.

Organisation de la production du temps de guerre

Une des plus grandes surprises économiques de la guerre fut la demande presque insatiable de grandes quantités d'obus. Les armées les utilisaient par millions lors des barrages intensifs et les batailles évoquant des sièges sur le Front occidental, et aucune économie alliée n'était organisée pour produire les quantités d'obus qu'on réclamait, et de loin.

Le ministre canadien de la Milice et de la Défense, Sam Hughes, établit initialement un Comité des obus pour coordonner la production, mais il ne tint pas ses promesses concernant les contrats, ce qui donna naissance à des récriminations irritées entre le Canada et la Grande-Bretagne et à des rumeurs générales de corruption.

Commission impériale des munitions

À la fin de 1915, le Premier ministre Borden remplaça le Comité des obus par la Commission impériale des munitions (CIM), qui relevait uniquement de la Grande-Bretagne mais était dirigée par un Canadien. Avec à sa tête Joseph Flavelle, homme d'affaires bien connu de Toronto, la Commission fut organisée selon de saines pratiques de gestion et embaucha des gestionnaires professionnels pour superviser ses opérations. Elle atténua le problème de la pénurie de main-d'œuvre en embauchant 30 000 femmes pour travailler dans ses usines et ses bureaux.

Expansion impressionnante de la production et de la diversité des biens produits

Sous la supervision de Flavelle, la Commission supervisa une impressionnante expansion de la production en temps de guerre, et on passa d'à peine quelques compagnies ayant la capacité de produire des obus à, en 1917, des dizaines de compagnies, dont des sociétés d'État, qui produisaient ensemble pour environ 2 millions de dollars de biens par jour.

Le mandat de la CIM fut plus tard élargi pour inclure les combustibles, les douilles en laiton et des fusées complexes. En 1917, près des deux tiers de tous les obus britanniques étaient fabriqués au Canada. La CIM construisait des navires et des avions et aménageait des terrains d'aviation pour un imposant programme d'entraînement des pilotes. À la fin de la guerre, ses 600 usines avaient achevé 103 navires de la marine, 2600 avions d'entraînement et 30 hydravions à coque. Quand la CIM cessa ses opérations en 1919, elle était le plus grand employeur civil du Canada, avec plus de 290 000 employés.